L'Argentine : pour qui ?
L'Argentine s'adresse à un profil précis : celui qui accepte une part d'imprévu en échange d'un coût de la vie bas et d'un vrai dépaysement. Ce n'est pas la destination de la tranquillité administrative, mais elle a des arguments solides pour un retraité français.
- La Residencia Pensionado s'obtient avec une pension étrangère régulière d'environ 2 000 USD par mois, versée et vérifiable.
- La naturalisation devient possible après seulement deux ans de résidence continue, l'un des délais les plus courts au monde, et la double nationalité française reste autorisée.
- Le coût de la vie demeure compétitif, surtout hors de Buenos Aires : à Mendoza, Salta ou Bariloche, votre pouvoir d'achat en euros va souvent plus loin qu'en Europe.
- Une communauté française installée de longue date à Buenos Aires, une culture riche (tango, gastronomie, vins) et des paysages qui vont du subtropical à la Patagonie.
Le revers est réel, et il faut le regarder en face. Vous serez à 13 ou 14h de vol de la France. Le système de santé public est moins fiable qu'en Europe, ce qui rend l'assurance privée quasi indispensable. Et l'économie argentine reste sujette à l'inflation et aux soubresauts monétaires : votre budget en euros peut vous avantager un trimestre puis se tendre le suivant. Cette destination convient à qui tolère l'incertitude, pas à qui cherche le confort d'un pays stable.
Le Portugal : pour qui ?
Le Portugal reste la valeur sûre pour vivre dans l'Union européenne tout en allégeant sa fiscalité et en gagnant en douceur de vivre. C'est souvent le premier choix des retraités qui ne veulent pas couper les ponts avec la France.
- Le régime IFICI, qui a remplacé le NHR en 2024, taxe les pensions de source étrangère à 10% (flat tax). Moins généreux que l'ancienne exonération totale, mais toujours bien en dessous du barème français (30 à 45%).
- La proximité : environ 2h de vol, pratique pour des allers-retours fréquents et pour garder un suivi médical en France en parallèle.
- Un système de santé public (SNS) de bon niveau et une sécurité qui figure parmi les meilleures d'Europe.
- Une langue proche du français et une communauté francophone bien implantée, ce qui adoucit les premiers mois d'installation.
Le point de vigilance, c'est l'immobilier. Les prix ont beaucoup grimpé à Lisbonne, mais aussi à Porto et en Algarve, portés par l'afflux d'étrangers. Pour garder un budget raisonnable, regardez du côté des villes moyennes et de l'intérieur du pays, où l'écart avec la France reste intéressant. Gardez aussi en tête que le cadre fiscal portugais a déjà changé une fois : rien ne garantit qu'il reste figé.
L'Espagne : pour qui ?
L'Espagne joue la carte de la proximité et du confort. On y accède avec le visa non lucratif (NLV, Non-Lucrative Residence), pensé pour les personnes disposant de revenus suffisants sans exercer d'activité sur place. C'est le choix de ceux qui veulent le soleil et la mer sans trop s'éloigner de la France.
- La distance la plus courte du trio : 1 à 2h de vol, et le meilleur réseau de transports pour rejoindre la France rapidement.
- Un système de santé public comme privé de très bon niveau, et une vie quotidienne facile pour les francophones.
- Une forte diversité régionale, de la Méditerranée à l'Atlantique, et des communautés françaises déjà nombreuses.
Côté impôts, l'Espagne est moins clémente que le Portugal : vos revenus sont imposés au barème espagnol, sans flat tax de faveur. Deux points méritent votre attention avant de trancher. D'abord, en tant que résident fiscal, vous êtes en principe imposé sur vos revenus mondiaux. Ensuite, plusieurs communautés autonomes appliquent un impôt sur la fortune dont les règles varient fortement d'une région à l'autre. La facture peut donc changer du tout au tout selon que vous vous installez à Madrid, en Andalousie ou en Catalogne. Un chiffrage personnalisé s'impose avant de choisir votre point de chute.
Notre recommandation
Il n'y a pas de gagnant universel : tout dépend de ce qui pèse le plus dans votre projet. Voici comment trancher selon votre priorité principale.
- Si la fiscalité passe avant tout :le Portugal garde l'avantage avec l'IFICI et sa flat tax à 10% sur les pensions étrangères, sous réserve d'y être éligible.
- Si vous voulez rester proche de la France :l'Espagne (1 à 2h) ou le Portugal (2h) s'imposent, avec un vrai confort pour les retours et le suivi médical.
- Si le budget est serré et le goût du dépaysement fort : l'Argentine, ou le Portugal intérieur, offrent les coûts de vie les plus bas.
- Si vous visez la naturalisation et l'aventure : l'Argentine est sans équivalent avec ses deux ans de résidence, à condition d'accepter la distance et l'instabilité.
Un dernier conseil : ne choisissez pas sur le papier. Un long séjour de reconnaissance, si possible en basse saison et hors des quartiers touristiques, vous apprendra plus qu'un tableau comparatif. Et quel que soit le pays, faites valider votre situation fiscale et vos droits sociaux par un professionnel avant de vous engager : votre cas personnel prime toujours sur les règles générales.